La tasse tiédit entre vos paumes, et la chaleur remonte doucement dans les poignets comme une promesse discrète. À la surface du thé, une lumière pâle glisse, se brise en reflets, puis se rassemble, calme, au moindre frémissement. Vous portez la première gorgée, l’eau infusée touche la langue, descend, et tout le corps semble s’accorder à ce passage simple. Puis vient l’intervalle. Un silence fin, presque transparent, posé entre deux respirations, comme un ma que personne n’a besoin de remplir. Dans cet espace, il n’y a rien à réussir, seulement une écoute qui s’ouvre, un peu plus vaste que la pensée. La pièce paraît plus claire, le temps plus large, et votre cœur, moins pressé.## Lenteur et silence au creux de la tasse
Entre deux gorgées, quelque chose se dépose. La chaleur reste sur les lèvres, puis s’efface, et vous sentez l’eau infusée continuer sa route, tranquille, jusque dans le ventre. Le bruit du quotidien, lui, recule d’un pas. Il y a le froissement discret d’un vêtement, le contact de la céramique contre la peau, la lumière qui s’étire sur la table. Vous n’avez rien à comprendre, seulement à rester là, dans cette lenteur simple. À chaque pause, le silence devient un lieu où l’on revient, sans effort, comme on revient à soi.
Dans la *cérémonie du thé japonaise* (茶道), on apprend à honorer ces instants minuscules, ceux qui ne servent à rien et pourtant nourrissent. Vous laissez la tasse redescendre, vous respirez, et l’intervalle s’ouvre, net, doux, disponible. C’est là que se glisse le *ma* (間), cet espace entre deux gestes, entre deux souffles, que l’on n’essaie pas de combler. Il n’est pas vide, il est vivant. Il vous invite à écouter sans chercher, à sentir l’impermanence dans la tiédeur qui diminue, et à reconnaître une beauté imparfaite dans ce qui passe.## Accueillir l’intervalle, écouter le silence entre deux gorgées
Il y a un moment, très bref, où la tasse quitte les lèvres et où rien ne se passe — en apparence. La gorge avale, le palais garde une trace, et l’esprit, lui, cherche parfois à repartir au galop. Pourtant, cet entre-deux a sa propre densité : un calme qui n’a pas besoin d’être grand pour être vrai. Vous sentez la température changer, la main ajuster sa prise, le souffle se réinstaller. Dans ce petit arrêt, quelque chose se transforme sans bruit : l’émotion se décante, la fatigue se dit enfin, et le temps redevient habitable.
Vous pouvez en faire un rituel discret, inspiré de l’attention délicate du *ichigo ichie* (一期一会) : une rencontre unique, même avec une simple gorgée. À chaque pause, posez la tasse une seconde, puis prenez une respiration complète avant de boire à nouveau. Rien à analyser : seulement remarquer ce qui est là — une tension dans la poitrine, une douceur, un vide qui n’est pas un manque. En répétant ce geste, vous apprenez une notion simple à emporter partout : laisser un espace avant de répondre, avant de vous hâter, avant de vous juger. Le silence devient une permission.Entre deux gorgées, laisse le monde se déposer comme une poudre légère au fond de la tasse. La chaleur devient un fil discret qui relie la gorge au ventre, et l’air, en entrant, semble laver l’intérieur avec une simplicité neuve. Dans la pièce, la lumière s’adoucit sur le bois, un bruit lointain se retire, et tu sens que ce minuscule intervalle n’est pas un vide mais une présence — un petit *ma* intime où rien ne presse, où l’on peut juste être, sans se corriger. Alors le thé n’est plus seulement une boisson : il devient un seuil, une façon de revenir à toi, claire et tranquille, à chaque pause. Et toi, quelle sensation — chaleur, parfum, silence, souvenir — aimerais-tu déposer ici en commentaire ?
Prends soin de toi ❤️